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La Nuit Remue (de Michaux) :
incipit de l'oeuvre

La Nuit remue

Le texte comporte trois étapes. Des lignes 1 à 3, on a une situation du cadre spatial : la chambre paisible du dormeur et l’atmosphère onirique (qui concerne les rêves). Le rêve se « déverse » progressivement dans cette chambre. Il y a une sorte de déchirure entre l’imaginaire et le réel. Des lignes 4 à 11, on a un passage caractérisé par un débordement de violence, encadré par deux occurrences de l’armoire (elle s’ouvre puis se referme, une fois les pulsions violentes libérées) . Des lignes 12, jusqu’à la fin, on passe de l’inconscient individuel tourmenté par les pulsions agressives à l’évocation collective. Le texte s’achève sur les idées d’évasion et de la lumière.

I / Le cadre spatial 

Le cadre spatial est évoqué des lignes 1 à 3. On a l’intrusion brutale d’un événement étrange, introduit par « tout à coup » à la ligne 1, car la chambre était paisible. Le terme « carreau » est ambigu, car il est polysémique, c’est à dire qu’il a plusieurs sens. On ne sait pas si l’auteur parle du carrelage ou de la vitre. A la ligne 2, l’ « édredon » s’anime, ainsi que d’autres objets. Toute la chambre est contaminée par la tâche. Le monde présenté est un monde violent, agressif et agressé. On a une intrusion de l’étrange dans un monde intime. On est dans la conscience du rêveur. Tout s’anime de manière étrange. La réalité est blessée. Les visions du rêveur se déversent dans la réalité. Le rêve communique avec le réel. Il rêve de sa propre chambre qui va se métamorphoser.

II / Épisode d’une grande violence à travers la belette 

Deux occurrences de l’armoire entourent le passage « la porte de l’armoire s’ouvre puis se referme » (lignes 4 et 11). « Violemment » marque la soudaineté de l’action, l’armoire s’ouvre toute seule. Le mort n’est pas tout à fait mort : « un mort en sort et s’abat ». C’est le paragraphe le plus long qui semble être logique, grâce aux connecteurs logiques « mais », « ensuite », « après ». C’est le cœur du texte. A la ligne 5, le rêveur est dans une période de délire :  « un plaisir que de frapper une belette », « la clouer sur un piano », « on peut aussi la clouer sur un vase ». On assiste à un déchaînement de violence avec les termes « frapper » et « clouer ». Le choix de la belette est un mystère, ce qui renforce l’expression du surnaturel. Ici, la violence est secrète, et elle ressurgit lors d’un rêve.

III / Tentative d’évasion et d’élargissement de l’inconscient 

Le rêveur se rend compte qu’il n’est pas seul, car à la ligne 17, l’auteur emploie un « on », qui était déjà apparu à la ligne 7. On passe de l’inconscient individuel à l’inconscient collectif avec « des milliers à s’enfuir ». Cette fuite représente l’agitation que l’on retrouve dans le titre du texte : « la nuit remue ». L’inconscient a libéré ses pulsions violentes, une image de l’infini. L’inconscient du rêveur est composé de multiples identités. Il voit des images, qui sont communes à plusieurs personnes. Lorsque le dormeur rejoint cet inconscient collectif, on dirait qu’il est plus serein, qu’il a rejoint l’infini. On retrouve par trois fois le thème de la lumière : « étoiles »,  « blancs », « rayonne ». La libération et la lumière traduit la liberté des pulsions agressives, et le fait que le rêveur rejoigne l’infini.

Conclu : Ce texte appartient à l'étrange. Devant ce texte, on peut difficilement arrêter une interprétation. On capte cependant avec certitude un mouvement d'apaisement, au fil du texte (de la violence à la sérénité).